La dernière partie de ma vie se passera, grand bien m'en fasse - merci la Vie! - dans un état moindre de grande naïveté. Je ne me fais pas trop d'illusion, cependant. Je mourrais probablement plus naïve que la moyenne des ourses. Mais moins que durant la première partie de ma vie. Dans mon cas c'est déjà un grand pas.
- Quel rapport avec le titre ?
- Le service est lent... y a des escargots en entrée...
- Il n'y a qu'une table et ça prend deux éternités pour la mettre!
- Heureusement qu'en plus y a rien à faire cuire, parce qu'on ne seraient pas sortis de l'auberge, hargn, hargn, hargn.
- Si t'es pas pour écrire sur le cul avec un titre pareil, pauv' fille, dégage le plancher, on est là pour le sexe, Miss Tarte-tarte.
Silence dans la salle!
Non mais.
La tendance Slow-Sex vous en avez jamais entendu parler?
Peu importe.
Ce n'est pas au menu du jour. Aujourd'hui c'est du sexe cru que je ne trouve pas apétissant qui est servi.
Dans ma grande naïveté j'ai toujours cru que j'aimais le sexe.
Je ne m'étais jamais posé de questions parce que je fondais cette croyance sur les expériences plaisantes seulement (et les autres étaient étiquettées "erreurs de parcours", pas classifiées sous la même rubrique que les expériences plaisantes).
C'est dans ce domaine que j'ai le plus souvent écouté mon corps, je n'avais pas tellement le choix : fortes attractions ou répulsions puissantes. La norme : expériences rares mais intenses plutôt que nombreuses et banales - quelques exceptions. Movitée par l'amour avec un Grand A au mieux, par l'amour amitié au pire. Rarement par curiosité ou simple appétit sexuel : beaucoup trop hypersensible. Bref, je ne faisais strictement que ce qui me plaisait quand ça me plaisait avec qui j'aimais et je ne comprenais pas que le sexe pouvait dégoûter qui que ce soit. En fait je ne comprenais pas que des gens pouvaient faire des choses qu'ils n'aimaient pas, qui pouvaient les dégoûter. Du moins, pas à répétition. Dans mon cas je préférais l'abstinence à l'absence d'intensité, alors le dégoût... Certes, je me suis sans doute beaucoup plus abstenue que la moyenne des lapines, mais du moins n'avais-je pas le sentiment intime de ne pas aimer le sexe. Ou que le sexe était sale, gras, dégoûtant, écoeurant.
Jusqu'à dernièrement.
J'ai eu l'impression de découvrir tout à coup pourquoi le sexe écoeure le monde. Je pense que c'est à force de m'en faire mettre sous le nez, dans cette société, n'importe quand, n'importe comment, par n'importe qui, tout le l'temps. Mal apprêté, trop apprêté, pas assez apprêté. Des sortes d'incessants attouchements psychologiques non désirés. Trop crûment surtout. Le sexe tartare quand t'as même pas une petite pointe d'excitation - et même dans mon cas, ça ne suffit pas, j'ai besoin d'une véritable relation avec un humain signifiant (mâle, l'humain) pas nécessairement l'amour passion, ne serait-ce qu'un lien d'amour-amitié dans une relation pas nécessairement d'engagement total, ou bref comportant un sentiment réciproque réel de prendre l'autre en considération comme être humain - une qualité certaine à ce niveau là. Alors le cru sans considération pour l'autre autre que l'utiliser comme objet sexuel, et non, je ne parle pas que de misogynie, les homosexuels le font aux hommes aussi, utiliser l'autre au lieu d'être en relation avec, doublé du sexe cru, ça m'écoeure.
J'ai découvert ça en tentant de retrouver une libido - qui semblait avoir foutue le camp avec un voilier d'oies sauvages - en lisant de la littérature érotique pour femmes : Nouvelles érotiques de femmes par Julie Bray. Pas ma tasse de gras. Ca m'a donné mal au coeur en fait. Je ne me reconnaissais pas dans les maudites cochonnes débridées aux fantasmes vulgaires (oui ma chère, c'était d'un vulvegaire, je vous dis!) et aux appétits tous plus grossiers, voire grotesques, les uns que les autres qui s'enfilaient (!) dans ces nouvelles. Or, il faut pouvoir s'identifier à l'héroïne pour vraiment apprécier une fiction. Pas capable. Je ne me reconnaissais pas du tout.
Bon, que je me suis dit : c'est mal écrit.
Et j'ai tourné la page.
Puis je suis tombée, au hasard d'un battage plublicitaire, sur ça. Pour ceux qui ne lisent pas l'anglais, c'est ça. Écriture hors du commun, paraît-il. Je commence à lire, surtout par curiosité, certaine que le contenu "pour adultes" ne me ferait pas ciller d'un cil, et peut-être d'un poil plus que ma précédente tentative. Et bien, devinez quoi? J'ai lu 405 pages. La plupart des fois, c'est écrit trop "gras", j'ai eu mal au coeur.
Décidément, est-ce que le sexe me dégoûterait? Je ne me reconnais plus. Est-ce grave, docteur?
- Pas plus grave que le fait que la nourriture parfois me dégoûte tout autant, bien que par ailleurs me nourrir me procure des jouissances exquises. C'est comme ça. Votre heure de consultation est écoulée. Veuillez payer mes honoraires à ma secrétaire en sortant, et pensez la prochaine fois à enlever vos chaussures boueuses avant de vous étendre sur le divan.
D'accord.
Mais je me sens mieux parce que, l'esprit humain étant ce qu'il est, je ne pouvais plus penser à un éventuel rapport sexuel avec un éventuel être aimé (d'amour ou d'amitié, peu importe) sans que le coeur me lève.
Maintenant, je sais que l'appétit vient seulement en mangeant ce qu'on aime. Ouille! J'espère que le jeu de mot n'aura pas, n'est-ce pas...
Publié par : Inter-note
à 21:45:17
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Catégories : Relations homme-femme, Psychologie