Paul Verlaine (1844-1896) et Raôul Duguay (1939 - )
Que l'on considère le Québec ou le Canada comme étant sa véritable patrie, ça n'a pas d'importance, vieille branche. Je veux dire, ça n'a pas d'importance, de souche. La patrie, peu importe où d'ailleurs, ce n'est plus ce que c'était, il est impossible de se référer à ce nationalisme là. Il fait partie de notre passé, de notre héritage.
Mais ce n'est pas une raison pour le renier non plus.
Ou pour faire du déni ou du mépris i.e. rire des "ceintures fléchées" pendant que la burqa et le voile intégral encore plus archaïques et abérrents sont présentés comme quelque chose de normal que seul ce qu'il y a de plus bas et de plus vil dans la population ne saurait accepter. Le monde à l'envers. À notre époque, il est normal que ça choque dans une société démocratique aux valeurs égalitaires entre femmes et hommes. Ce n'est pas du racisme, c'est l'envers du racisme. Il n'y aurait pas de quoi brasser de l'air avec la burqa (et là encore on se le fait dire sur un ton méprisant) parce qu'il n'y a pas de burqa au Québec parait-il. Et bien moi j'en ai vues, des burqa, au Québec et elles n'avaient même pas l'air très consentantes ou très à l'aise à les porter, j'ai eu l'impression. Le voile, ne me dérange pas. Pas plus que les turbans, les kipa, etc. les signes religieux ne me dérangent pas. Les autres ne me dérangent pas. L'intolérance des autres à qui je suis me dérange. J'accepte d'être dérangée parce que la perfection n'est pas de ce monde. Et je ne suis pas toujours dérangée par les immigrés, ils sont parfois même beaucoup plus accomodants envers moi que les québécois de souche, infiniment plus. Ca dépend plutôt des individus que de tout autre chose je dirais.
Et la patrie, je ne crois plus à la patrie, en fait. Il n'y a plus tellement de patrie nulle part et il y en aura de moins en moins. Il y aura de moins en moins de patrie et de plus en plus d'humains. Je crois plus à l'humanisme universel qu'à la patrie.
J'aime le multiculturalisme. Je ne regrette absolument pas l'homogénéïté sociale, toute relative d'ailleurs, l'amérique étant un continent de vagues de migrants sur plusieurs décennies.
Je regrette juste que trop d'humains, peu importe où sur cette foutue planète ne soient pas plus capables de vivre ensemble dans la différence, de façon civilisée et en harmonie avec l'environnement, et surtout sans que ce soit toujours la faute de "l'autre" si tout va mal, ne soient pas plus capables de ramer ensemble, au lieu de tourner en rond.
Par exemple? Par exemple, nous pourrions très bien faire l'indépendance (ou ne pas la faire, d'ailleurs) et payer la dette si nous savions mieux vivre ensemble. Mais non. Gaspillage, enveloppes sous la table, corruption. A grande mais aussi à petite échelle. Collective et individuelle. Il parait que la mafia de Toronto veut prendre (ou a déjà pris) le contrôle sur la mafia de Montréal. Quand on voit comment se porte Toronto au niveau des valeurs humaines, ça ne laisse pas espérer une amélioration : c'est la loi de la jungle là-bas, dans un multiculturalisme canadien-anglais très différent de notre façon "raciste" de le voir. Un multiculturalisme à saveur britannique que les britanniques sont en train justement de remettre en question parce que les problèmes sociaux sont insolubles dans une population qui s'accroit sans cesse sans consensus commun pour vivre ensemble. Alors que le consensus commun, c'était un "racisme" bien québécois, tellement encore culpabilisé et colonisé qu'il a fini par adopter l'idée du multiculturalisme qui ne fonctionne pas, qui ne satisfait personne, qui ne se gère pas autrement que par la loi de la jungle.
Nous n'en sommes pas encore tout à fait là. Je ne crois pas. J'espère. C'est vrai qu'on ne sait plus trop à qui appartient quoi et le "pays" vrai ou dans l'imaginaire des québécois, on ne sait plus trop qui en sont les propriétaires. Les multinationales et les intérêts étrangers sont autant sinon plus présents que les intérêts canadiens et québécois.
La nation québécoise et l'identité québécoise avec ses idéaux de liberté, de fraternité, d'égalité peut-elle encore survivre dans ce contexte? Je le crois. Elle en a vue d'autres, et elle est capable de s'adapter. S'adapter, c'est la clé. Mais il s'agit de réagir, même dans le confort, continuer de faire la différence. Ce n'est pas tellement un cas de travailler plus comme le prône Lucien Bouchard, mais SURTOUT DE TRAVAILLER MIEUX ET DE FAÇON PLUS RÉALISTE EN REGARD DE LA SITUATION INTERNATIONALE, comme le prône Bernard Landry. Axer le développement sur la science et la technologie et choisir des valeurs humaines anti-corruption si je puis dire. C'est difficile, mais ce qui est facile devient vite ennuyant. C'est difficile, mais c'est passionant, et c'est rien moins que gagné d'avance. C'est difficile mais pas impossible, et finalement pas si difficile que ça non plus.
Ce n'est pas nécessaire de dépenser des tonnes d'énergie à défoncer des portes ouvertes quand l'enjeu est de presser un bouton. Pour faire image.
Je regrette tous les accomodements véritablement déraisonnables, mais ça donne l'occasion d'apprendre de nos erreurs, dans cette société plutôt ouverte et tolérante qu'est le Québec, si ouverte et si tolérante qu'elle a pu vivre avec la communauté hassidique durant de nombreuses années alors que les autres juifs eux-mêmes ont de la difficulté à les tolérer.
Bon, du racisme il y en a toujours un peu, la tolérance totale c'est comme l'absolu : ce n'est absolument pas possible. Un peu, ça reste tolérable.
On peut s'accomoder de part et d'autre quand même. Mais mettre un stop aux accomodements déraisonnables, ce n'est pas du racisme.
Que Lucien Bouchard hurle à la lune, parce qu'on ne sait quelle mouche l'a piqué, et qu'il déclenche soudainement une tempête dans un verre d'eau et qu'on n'entende et ne voit plus que ça ne fera pas oublier que le gouvernement Charest a manqué une bonne occasion de faire preuve de leadership responsable.
Un gouvernement laïque n'est certes pas parfait, ni à l'abri de dérives dogmatiques, mais pour l'instant, ici et maintenant, c'est le meilleur interface entre tous les extrêmes et les ultra qui cohabitent dans le même espace-temps. Le gouvernement Charest aurait dû faire respecter le principe de laïcité et ne pas y déroger. Les services religieux se donnent aux frais de la communauté religieuse pas au frais des contribuables. Bien que je suis d'avis qu'au lieu de se pâmer jusqu'à manquer de souffle, pour quand même si peu, la plupart des gens devraient garder leur salive pour s'époumoner pour que le système scolaire publique forme beaucoup mieux les étudiants qu'il ne le fait présentement : c'est une urgence nationale s'il y en a une. Le coût de l'école du dimanche des hassidiques n'est rien en comparaison du coût de cette négligence momumentale.
Bon eux, nous sommes habitués avec leur petits travers on les connait bien depuis le temps.
Mais négocier des demandes déraisonnables avec (ATTENTION JE NE DIS PAS QU'ILS LE SONT TOUS mais qu'il y en a - c'est un fait, pas un préjugé) des asiatiques inflexibles, des musulmans fanatiques, des latinos adeptes de l'arme blanche et des haïtiens dramatiquement démagogues, qui eux-même ont de la difficultés à interagir entre eux, c'est relativement nouveau et donc, plus déroutant. A première vue.
Que la terre tremble en Haïti - et je suis de tout coeur avec les haïtiens - ne fera avaler à personne que les québécois sont racistes parce qu'ils n'acceptent pas tout ce que leur demande les haïtiens. J'ai déjà trop entendu de discours outrés complètmeent délirants venant des haïtiens qui ne tolèrent absolument pas d'être remis en question en quoi que ce soit, sans faire passer cela pour du racisme, comme si nous vivions en pleine ségrégation du Sud des États-Unis dans les "belles" années de l'esclavagisme. C'est délirant. Il n'y a pas d'autre mot. Exemple ? Fait vécu. Une haïtienne, qui occupe un poste dans un organisme pour immigrants sensé faciliter l'intégration des nouveaux arrivants. Selon elle, le racisme des québécois serait plus hypocrite que celui des autres. Elle a employé ce mot. Hypocrite. C'était avant le tremblement de terre en Haïti, et je trouve que les québécois sont vraiment hypocrites d'être de tels sales racistes et d'envoyer autant d'aide et de soutien aux haïtiens. C'est quelque chose une hypocrisie d'une telle ampleur. Quoi qu'à quelque chose malheur est bon, depuis la médiatisation massive de l'aide internationale donné aux haïtiens, les noirs que je croise ont moins l'attitude "c'est parce que je suis noir", justement. Ca fait du bien. On devrait leur démontrer plus souvent des marques de considération! Un exemple du racisme des québécois que cette personne donnait est l'intolérance dont ils faisaient preuve à la différence entre haïtiens et québécois quand elle se manifestait dans une salle de spectable pendant que le spectacle se déroulait. Pour les haïtiens, disait-elle, c'est normal de se lever et de saluer bruyament ses amis qui arrivent, même dans une salle de spectacle. Et bien les québécois "racistes" ne tolèrent pas cette différence culturelle et elle les trouvaient bien pas d'allure de ne pas le faire. Il n'y avait absolument aucun respect de notre différence à envisager pour elle. Silence total dans la salle. Personne n'osait dire quoi que ce soit pour ne pas passer pour raciste. Sauf moi. J'ai dit calmement que les chocs culturels n'étaient pas évidents et que la tolérance et le respect des différences étaient des comportements propices à faciliter la cohabitation et que ça ne serait pas possible à sens unique, que chacun devait faire l'effort de s'adapter aux différences de tout le monde. Je sais que certaines personnes ont pensé que j'étais raciste. Je ne le suis pas. Je ne l'ai jamais été et je ne le serai jamais. Les chiens aboient, la caravane passe.
Bref, ce qui devrait être des mains tendues de part et d'autres tourne souvent au "Québec bashing" alimenté grassement par le vieux fond de francophobie canadien-anglais bien collé.
Un "Québec bashing" un peu trop automatique pour être toujours totalement honnête et qui est propagé par des gens qui ne prennent souvent pas la peine de faire l'effort de l'ouverture à l'autre, alors que la réaction des québécois pour contrer ce "Québec bashing" semble être de devenir de plus en plus gentils, "ouverts", accomodants, politiquement correct au point de de l'automutilation. Il y a tout de même une distance confortable entre le racisme et la culpabilité injustifiée et malsaine.
À une certaine époque, l'identité québécoise rejetait tout corps étranger, mais cette époque est révolue depuis longtemps. Il n'y a plus de dinosaures non plus à la surface de la terre. C'est fini ce temps là. L'identité québécoise que je connais inclue le monde entier maintenant mais ce n'est pas le monde entier qui inclue l'identité québécoise. Gens du pays, c'est votre tour...
Ce n'est pas le passé que je regrette, c'est le plaisir de vivre sans se faire culpabiliser d'exister de façon différente qui me manque (d'exister, point). On avait assez du racisme anglophone (tous les anglo n'étaient et ne sont pas racistes! je ne généralise pas ici non plus), on n'avait pas besoin de la terre entière, ni de nos propres dirigeants politiques pour enfoncer le clou.
Une fois qu'on a connu ça, la liberté de vive sans se faire culpabiliser d'exister, c'est impossible de désirer retourner en arrière.
Ce qui me manque, c'est aussi le plaisir de vivre dans une ville propre. Non seulement Montréal est-elle sale dehors comme dedans, mais elle est en plus assaillie par le vandalisme, tout est couvert de graffitis, tout est sali, tout est détruit. Ca coûte combien en argent nettoyer, remplacer, réparer? Et ça coûte combien en terme de fatigue morale et psychologique de vivre dans un tel environnement déprimant ? Comme si personne ne tenait vraiment à cette ville ou à bien vivre dans cette ville. Alors qu'avant, c'était une ville qui dégageait de la fierté.
Ce qui me manque c'est le bonheur de l'assurance de vivre dans une société qui défend des valeurs auxquelles je tiens, une société égalitaire aux valeurs humaines importantes. Les services de santé, l'enseignement, les services sociaux sont aussi laissés en friche que le reste de la ville, mais les conséquences sont plus graves que juste un air de pauvreté : la véritable pauvreté endémique et sa kyrielle de problèmes sociaux est en train de s'installer, la spirale descendente tourne toujours un peu plus rapidement, maintenant. Les gens sont plus stressés, plus centrés sur l'argent, sur les relations de pouvoirs, la brutalité, la malhonnêteté, chacun tente de tirer son épingle du jeu au dépens du voisin le plus souvent, sans scrupules. Et en même temps, je vois bien qu'il se développe aussi une plus grande liberté, une plus grande conscience qui mène vers d'authentiques valeurs humaines à force d'être témoin qu'aller jusqu'au bout de la logique de la loi de la jungle ne mène pas là où l'on croyait. Mais à quel prix ? Est-il vraiment nécessaire d'aller jusqu'au bout ?
Il n'y en aura pas de facile, comme disait l'autre, et c'est le voyage de la vie le plus fascinant qui soit.
Sauf que, s'il vous plait, soyez un peu raisonnables.
Publié par : Inter-note
à 02:26:05
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